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Comment donner libre cours aux forces intérieures de l’Afrique: Institutions, politiques et champions

Editor's Note:

Vous trouverez ci-dessous le chapitre 1 du Rapport Foresight Africa 2018, qui explore six thèmes fondamentaux offrant à l’Afrique des opportunités de surmonter ses obstacles et de favoriser une croissance inclusive. Rejoignez la conversation en utilisant #ForesightAfrica. To read this chapter in English, click here.

Construire une Union africaine plus forte

Malgré la myriade de défis auxquels nous demeurons confrontés, les deux dernières générations ont vu notre monde devenir plus prospère, plus équitable et aussi plus sûr. La coopération entre les pays est à la fois l’une des pierres angulaires de ce progrès et le meilleur mécanisme permettant de le soutenir.

Ceci est on ne peut plus vrai en Afrique. À l’époque de l’indépendance, notre continent et nos différents pays étaient profondément divisés et incapables de capitaliser sur leur propre richesse. Pendant des décennies, l’Afrique semblait continuer à creuser inexorablement son retard par rapport au reste du monde.

Ces jours tirent désormais à leur fin, essentiellement grâce au renforcement de l’intégration régionale au sein de l’Afrique. Les fruits s’en font déjà sentir, comme en témoigne la plus grande visibilité de nos marchés au regard de l’économie mondiale. Les institutions africaines gèrent les questions sécuritaires d’une manière de plus en plus constructive et durable, souvent en collaboration avec des partenaires, ce qui allège le fardeau de chacun.

Ses succès sont significatifs et souvent méconnus, mais elle peut et doit aller plus loin.

Il ne nous reste pas moins un long chemin à parcourir pour construire l’Afrique que nous voulons. C’est la raison pour laquelle les leaders africains ont décidé en 2016 de concrétiser les ambitions de fondation de l’Union africaine en achevant la réforme institutionnelle de l’organisation. Ses succès sont significatifs et souvent méconnus, mais elle peut et doit aller plus loin.

Le premier pilier de la réforme consiste à financer nos activités nous-mêmes. Les programmes de l’Union africaine sont presque entièrement financés par des partenaires extérieurs, ce qui fait disparaître les intérêts et le sentiment d’appartenance de l’Afrique, sans oublier les intérêts des donateurs qui pourraient eux aussi être mieux servis.

Cette situation n’est en outre pas viable. Il est périlleux pour l’Afrique de dépendre autant de sources de financement qui risquent fort de se tarir dans un avenir proche, en particulier quand nous avons les moyens de financer des programmes qui nous sont bénéfiques.

En juillet 2016, les chefs d’État africains ont adopté un plan visant à financer l’Union africaine en prélevant une taxe de 0,2 pourcent sur les importations éligibles, une formule qui a été utilisée avec succès par d’autres organisations régionales. Vingt-deux États membres ont à ce jour mis en œuvre ce mécanisme, et quatorze d’entre eux collectent déjà des fonds.

Cet élan dynamique est la preuve tangible qu’il existe une volonté politique de renforcer la capacité de l’Union africaine, en dépit des complexités politiques liées à la coordination de plus de cinquante États membres.

Le passage à l’auto-financement a eu une autre conséquence importante : l’efficacité et la performance de la Commission de l’Union africaine et des organes associés ont fait l’objet d’une attention renforcée. Après tout, quand on dépense son propre argent, on veut s’assurer qu’il est utilisé à bon escient.

Ainsi, les chefs d’État africains ont décidé d’achever la réforme institutionnelle de l’Union africaine et m’ont confié la mission de consulter les parties prenantes du continent et de présenter des recommandations, ce qui a été fait à l’occasion du Sommet de l’UA en janvier 2017.

Plus de 30 recommandations distinctes ont été formellement adoptées et elles peuvent être regroupées dans cinq catégories principales : (1) concentration sur les priorités essentielles de portée continentale et amélioration du partage des tâches avec les Communautés économiques régionales ; (2) réalignement des institutions de l’Union africaine afin de concrétiser ces priorités ; (3) connexion des travaux de l’Union africaine plus directement avec les citoyens ; (4) gestion plus efficace des affaires de l’Union africaine tant au niveau politique qu’au niveau opérationnel ; et (5) autofinancement durable de ses activités.

Cette réforme est envisagée depuis plusieurs années et les problèmes de l’organisation ont d’ailleurs déjà été méticuleusement analysés. En effet, des réformes clés ont déjà été approuvées par le passé pour être abandonnées par la suite.

Nous nous sommes donc concentrés sur la mise en œuvre. Dès le départ, nous avions conscience du fait que le risque d’échec était bien réel. Les obstacles politiques sont complexes, car des changements sont nécessaires non seulement au niveau de l’Union africaine, mais aussi au sein de chaque État membre.

Une Unité de mise en œuvre de la réforme a été créée et opère au sein du Bureau du Président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, qui n’a laissé aucun doute quant à son engagement personnel vis-à-vis du programme de réforme. Par ailleurs, la politique n’est pas prise pour acquise. En dépit du très solide soutien dont jouit la réforme, le processus de mise en œuvre exige une attention régulière et une consultation au niveau des chefs d’État en vue de répondre aux préoccupations et trouver des solutions pratiques aux problèmes techniques rencontrés par les différents pays.

L’actuel président de l’Union africaine, le Président Alpha Condé de Guinée, outre son prédécesseur, le Président Idriss Déby du Tchad, et moi-même, avons été chargés de superviser la mise en œuvre.

L’important est de préserver les principes et le but ayant inspiré la réforme, tout en faisant preuve de flexibilité concernant certains détails lorsque les États membres en font la demande. De cette façon, la dynamique et les progrès pourront être maintenus.

Une Union africaine plus efficace est une bonne chose non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour nous tous.

Il est de plus en plus demandé à l’Afrique de parler d’une seule voix sur la scène internationale. Une Union africaine plus efficace est une bonne chose non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour nous tous. Une Afrique plus unie et plus affirmée se traduira par une coordination améliorée face aux défis sécuritaires communs. À cet égard, l’Afrique prend d’ailleurs déjà en charge une part importante du fardeau commun.

Pour y parvenir, il faudra certainement certains compromis et ajustements au niveau de la manière dont nous menons nos affaires les uns avec les autres, et ceci doit être considéré comme étant une évolution positive et non pas comme une remise en question de l’ordre existant.

Ce qu’il ne faut jamais perdre de vue est le besoin urgent de travailler ensemble, de bonne foi et sur la base d’un respect mutuel, en vue de construire un monde plus stable et plus prospère pour tous. L’élan dynamique dont a jusqu’à présent bénéficié la réforme de l’Union africaine laisse présager que de solides progrès continueront à être réalisés en 2018 et au-delà.

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