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Op-Ed

Banque Asiatique pour les infrastructures: Comment la Chine a doublé Washington

La Maison Blanche n’avait pas apprécié, en fin de semaine dernière, que le Royaume-Uni ait décidé de rejoindre la Banque Asiatique d’Investissements dans les Infrastructures (BAII) dont la Chine est l’initiatrice, « sans aucune consultation avec les Etats-Unis ». Il s’agissait clairement d’un accroc à l’égard de la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, lesquels tentent de contenir la montée en puissance internationale de la Chine. Mais depuis lundi soir, trois autres grands pays européens -la France, l’Allemagne et l’Italie- ont annoncé séparément qu’ils rejoignaient aussi la BAII.

Un risque de ternir la relation transatlantique

Désormais, c’est un dossier qui risque de ternir la relation transatlantique, tant il est vrai que Washington a particulièrement mal géré le dossier BAII. Cette nouvelle institution d’influence, lancée en octobre dernier par la Chine et dotée d’un capital de 50 milliards de dollars, avait été bien reçue par la plupart des pays asiatiques, à l’exception des alliés proches des États-Unis, notamment la Corée du Sud et l’Australie. Or ces deux derniers, qui ont fait l’objet d’un intense lobbying américains depuis six mois, seraient en train de reconsidérer leur position. Le Japon, pour sa part, est le principal soutien financier de la Banque Asiatique de Développement et n’envisage pas de rejoindre la nouvelle banque, que certains présentent déjà comme une rivale de la Banque Mondiale, du FMI et de la BAD.

Une belle opération diplomatique pour Pékin

Pékin ne peut que se réjouir d’avoir réussi une belle opération diplomatique. La Chine depuis de longues années profite de la concurrence entre pays occidentaux pour obtenir différents avantages (crédits, transferts de technologie voire avantages fiscaux pour les investissements) mais, cette fois, elle a réussi à isoler Washington, empêtrée dans ses querelles politiques internes entre la Maison Blanche, le Trésor et le Congrès – ce dernier étant dominé par le Parti républicain, qui cherche avant tout à nuit à l’administration Obama. 

Côté européen, le gouvernement de David Cameron a réussi un coup médiatique en annonçant le premier son ralliement à la BAII, qui verra bientôt le jour à Shanghai.

Londres déterminé à gérer les transactions entre la Chine et le reste du monde

C’est une preuve, s’il en était besoin, de la détermination de Londres à devenir la plaque-tournante principale des transactions financières entre la Chine et le reste du monde. Plusieurs banques chinoises -dont la China Construction Bank- ont notamment ouvert dans la capitale britannique des centres de transactions en Renminbi, la monnaie chinoise. De même, le Premier ministre conservateur – qui fait face à un scrutin législatif crucial le 7 mai prochain- a indiqué à plusieurs reprises que les investisseurs chinois étaient les bienvenus en Grande-Bretagne. « Je n’ai aucune difficulté avec le fait que les Chinois investissent dans le nucléaire, dans les aéroports, voire dans les infrastructures liées à l’eau » déclarait-il fin 2014. Le fonds souverain chinois a ainsi pris 10% du capital de Thames Water, principale société de traitement de l’eau britannique ; la Chine a également pris 10% du capital de l’aéroport de Heathrow, la Chine ayant au total, signé l’an dernier plus de 10 milliards d’euros de promesses d’investissement au Royaume-Uni, faisant de ce pays la destination préférée des investisseurs chinois.

Dans un contexte économique difficile, les Européens se livrent une concurrence acharnée pour attirer les investisseurs chinois. François Hollande et Angela Merkel redoublent d’attentions vis à vis de Pékin ; l’Italie, la Grèce et le Portugal font les yeux doux aux investisseurs… mais David Cameron a décidé de jouer son va-tout, en risquant de s’aliéner son allié américain et de creuser encore un peu plus le fossé entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale.

Cet article a été publié à La Tribune.

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