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A street vendor sells vegetables in Harare, Zimbabwe, November 28, 2017. REUTERS/Philimon Bulawayo - RC1CA48E33D0
Africa in focus

Point de vue prospectif sur l’Afrique: Sécurité nutritionnelle: la dernière longueur du programme de sécurité alimentaire de l’Afrique

Editor's Note:

Notes de l’éditeur:  vous trouverez ci-dessous un point de vue extrait du chapitre 3 du rapport Foresight Africa 2018. Il développe six thèmes fondamentaux offrant à l’Afrique des opportunités de surmonter ses obstacles et de favoriser une croissance inclusive. Lire le chapitre complet sur les tendances en matière de développement humain et de pauvreté en Afrique ici.  The English version of this piece can be found here.

Conscient de l’importance que revêt la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) pour améliorer la santé publique, la productivité de la main-d’œuvre et la croissance économique, le monde s’est engagé à mettre un terme à toutes les formes de faim en garantissant à toutes les personnes un accès à une nourriture suffisante et nutritive (Objectif 2 des Objectifs de développement durable).[1] Les pays ont accompli de grands progrès au niveau de leurs programmes de sécurité alimentaire en améliorant la productivité et la production alimentaire, en remédiant aux inégalités socio-économiques, régionales et de genre et en instaurant des pratiques agricoles résilientes.

La récente recherche publiée par l’Initiative pour la croissance en Afrique (AGI) sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle [2] a révélé qu’en dépit des grands progrès réalisés en Afrique dans ce domaine, les chocs environnementaux et autres vulnérabilités, les contraintes et inefficiences en matière de ressources et les lacunes au niveau de la mise en œuvre des politiques menacent les progrès et la viabilité des interventions SAN.[3]

Les progrès accomplis en matière de sécurité nutritionnelle ont été plus lents, essentiellement à cause du fait qu’il s’agit une question bien plus complexe. En effet, certains pays possédant suffisamment de nourriture comportent toujours des groupes de communautés et de sous-régions en situation d’insécurité nutritionnelle.

La forte dépendance envers la nourriture produite localement limite la diversité alimentaire, notamment lorsque les personnes consomment ce qu’elles produisent.

En premier lieu, la nutrition est culturelle. Les populations sont prédisposées à consommer essentiellement ce qu’elles produisent localement. À titre d’exemple, par rapport aux Ghanéens et aux Sénégalais, les Éthiopiens sont plus prédisposés à manger de l’injera que du poisson, en fonction des préférences alimentaires et de la région. La forte dépendance envers la nourriture produite localement limite la diversité alimentaire. Les ménages ruraux sont particulièrement affectés par cette forte dépendance envers les denrées de base et sont vulnérables face aux diminutions de récoltes imprévues.

En outre, la sécurité nutritionnelle exige des interventions de programme intégrées au-delà du secteur agricole. À l’occasion de nos récents travaux de recherche et entretiens avec les parties prenantes dans le cadre d’un certain nombre d’études africaines choisies du projet Ending Rural Hunger, nous avons demandé aux parties prenantes sur le terrain quelles sont les interventions qu’elles considèrent comme étant vitales en matière de sécurité nutritionnelle. Les réponses ont souligné l’importance de mener des interventions dans de multiples secteurs, notamment des consultations sur la nutrition des jeunes enfants et des nourrissons, des programmes de nutrition au sein des communautés, ainsi que des interventions au niveau de l’eau, de l’assainissement, de l’hygiène et de la santé.

La nutrition est également un secteur à forte intensité scientifique et technologique. Le manque de professionnels qualifiés et la forte rotation du personnel au sein des institutions publiques chargées de la mise en œuvre entravent grandement la sécurité nutritionnelle. C’est la raison pour laquelle plusieurs pays africains sont fortement tributaires de l’assistance technique extérieure.

En dépit de la complexité de la prise en charge de la SAN, l’ensemble des États africains devraient continuer à en faire une importante priorité au niveau de leurs programmes de développement du fait de son importance en termes de développement du capital humain. La sécurité nutritionnelle n’exige pas nécessairement des investissements importants. À titre d’exemple, des campagnes bien organisées de sensibilisation des populations sur l’importance d’une bonne nutrition, de la diversité alimentaire et d’une bonne hygiène pour les enfants, les mères et les agriculteurs peuvent être très fructueuses.

Les décideurs politiques et les agriculteurs doivent également changer leur manière de voir les choses. Les efforts visant à accroître la productivité et la production alimentaire doivent inclure des pratiques agricoles tenant compte de la nutrition et promouvoir la production de produits riches, comme la volaille et le bétail, sans oublier les céréales. Pour convaincre les agriculteurs de consommer ces produits nutritivement riches (et non pas se contenter de les vendre), il peut être nécessaire d’intégrer le travail d’agents spécialisés dans le développement agricole et de vulgarisation sanitaire. Le rôle joué par des agents du changement bien formés est crucial dans les endroits où les structures administratives sont absentes ou fonctionnent à peine, en particulier aux niveaux administratifs inférieurs. Le renforcement des capacités, à travers la formation d’agents du changement et la vérification de l’existence d’institutions de mise en œuvre, est l’un des besoins les plus pressants, comme l’indiquent les engagements de nos parties prenantes.

La coordination multisectorielle et la redevabilité horizontale nécessaires pour parvenir à la sécurité nutritionnelle exigent une coordination entre plusieurs ministères et secteurs comme l’agriculture, la santé, l’éducation, l’industrie et l’eau.  Les initiatives multisectorielles ont tendance à être plus fonctionnelles lorsque les secteurs participants doivent rendre des comptes à un supérieur hiérarchique.

Pour affronter les défis liés à la SAN dans les régions et les communautés pastorales en retard, il faudra adopter une approche distincte allant de l’établissement de salaires, primes et avantages adéquats à l’affectation d’un nombre de professionnels qualifiés suffisant, en passant par la conception de stratégies de subsistance et de SAN respectueuses des cultures.

Enfin, pour combler les lacunes en matière de connaissances et de politiques dans le secteur, il sera indispensable de recueillir des données nationales, sous-nationales et ménagères régulièrement, de créer une base de données unifiée sur la nutrition et d’établir des plateformes de partage des connaissances entre les principaux exécutants nationaux et internationaux. Les données recueillies sur les principaux programmes permettront de réaliser une évaluation des répercussions rigoureuse et de s’assurer que les politiques SAN évoluent dans le bon sens.

L’amélioration des connaissances, de la technologie et des politiques, ainsi que le renforcement des capacités représentent des investissements complémentaires qui feront progresser le programme SAN de l’Afrique.

NOTES DE BAS DE PAGE 

  1. D’après la définition de 2009 de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, « la sécurité alimentaire » existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active (FAO, 2009). La mesure la plus exhaustive en matière de sécurité alimentaire doit comporter des dimensions de disponibilité, d’accessibilité, de disponibilité et d’utilisation de la nourriture. La forme la plus grave d’insécurité alimentaire est généralement associée à la possibilité d’avoir faim, mais de ne pas pouvoir manger en raison d’un manque d’argent ou d’autres ressources (FAO, 2016).
  2. La sécurité nutritionnelle est le résultat d’améliorations à la fois de la situation nutritionnelle (par conséquent de la sécurité alimentaire) et de l’état de santé. La malnutrition est la mesure d’insécurité alimentaire la plus communément utilisée. Le Comité permanent de l’Organisation des Nations Unies sur la nutrition (UNSCN) recommande l’utilisation conjointe de la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour faciliter la mise en œuvre d’actions intégrées. Il propose que « la sécurité alimentaire et nutritionnelle existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture consommée en quantité suffisante et de bonne qualité leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires, et soutenue par un environnement adéquat en matière d’assainissement et de services et de soins santé leur permettant de mener une vie saine et active » (Wüstefeld, 2013).
  3. le projet Ending Rural Hunger de Brookings Institution a été l’une des nombreuses initiatives de l’année 2017 en matière de suivi des progrès réalisés au niveau de la SAN. Elle est fondée sur l’examen de dossiers et l’engagement des parties prenantes de six pays d’Afrique (Éthiopie, Ghana, Nigeria, Tanzanie, Sénégal et Ouganda). Pour de plus amples informations, visiter le site Internet du projet Ending Rural Hunger: https://endingruralhunger.org/.
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