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Egyptians shop at a vegetable market in Cairo, Egypt, October 11, 2017. Picture taken October 11, 2017. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany - RC13764F8900
Africa in focus

Point de vue prospectif sur l’Afrique: Le revenu minimum universel et les pays pétroliers en Afrique

Editor's Note:

Note de l’éditeur: vous trouverez ci-dessous un point de vue extrait du chapitre 2 du rapport Foresight Africa 2018. Il développe six thèmes fondamentaux offrant à l’Afrique des opportunités de surmonter ses obstacles et de favoriser une croissance inclusive. Lire le chapitre complet sur les tendances en matière de développement humain et de pauvreté ici. The English version of this piece can be found here.

Pour ceux d’entre nous qui, aux alentours de 2013, étaient optimistes quant aux économies africaines, ces dernières années ont été décevantes. En dépit du fait que le continent a dégagé un taux de croissance annuel moyen de près de 5 pourcent durant les quinze premières années de ce siècle, ce taux de croissance a depuis lors chuté pour atteindre entre 1 et 3 pourcent. L’apparente raison pour cela est l’effondrement dramatique des prix des matières premières, en particulier celui du pétrole, depuis mi-2014. La croissance globale recule à cause des pays exportateurs de pétrole, en particulier le Nigeria et l’Angola et, dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud. Étant donné que de nombreux pays d’Afrique sont tributaires des matières premières comme le pétrole, le cuivre et le coton au niveau de leurs exportations, la chute des prix de ces matières premières s’est traduite par une perte de revenus significative. Cette explication amène cependant à se poser la question de savoir pourquoi ces gouvernements n’ont pas économisé une plus grande partie de leurs revenus pendant le boom des matières premières afin de mieux se protéger quand les prix de ces dernières ont chuté.

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Cette question nous amène vers le domaine de la gouvernance. Les pays exportateurs de pétrole africains ont systématiquement omis d’utiliser leurs recettes pétrolières au bénéfice de leurs citoyens. La Guinée équatoriale, avec un revenu par habitant situé aux alentours de 6 500 USD en 2016, possède l’un des plus faibles taux de vaccination infantile du continent (nettement inférieur à celui du Burundi, par exemple, où le revenu par habitant est inférieur à 300 USD). Les loyers pétroliers ont permis au Nigeria d’encaisser des revenus d’environ 43 milliards USD par an entre 2000 et 2014 et compte toujours une infrastructure extrêmement faible et une pauvreté élevée. Devarajan, Giugale et autres (2013) montrent que le simple transfert de 10 pourcent des recettes pétrolières sous la forme de transferts au bénéfice de la population pourrait éliminer la pauvreté en Angola, au Gabon et en Guinée équatoriale et réduire de 40 pourcent la pauvreté au Nigeria. Le Ghana, qui a découvert ses gisements de pétrole en 2007, a immédiatement augmenté la masse salariale du secteur public, ce qui a accru le déficit budgétaire de près de trois pourcent du PIB en 2008. Quand le pétrole a commencé à couler, la plupart des recettes avaient déjà été dépensées.

Cette tendance s’explique par le fait que les recettes pétrolières vont directement de la compagnie pétrolière aux caisses de l’État. Par conséquent, les citoyens ne savent souvent pas quel est le montant de ces recettes. En outre, à la différence des recettes fiscales, les citoyens ne conçoivent pas toujours ces recettes pétrolières comme étant « leur argent » et ne regardent donc pas d’aussi près la manière dont leurs gouvernements dépensent cet argent. Par conséquent, les acteurs étatiques sont en mesure de détourner ces recettes pétrolières à des fins personnelles, ce qui donne lieu à une réduction des dépenses publiques.

Le revenu minimum universel (RMU) offre une solution possible à ce problème. Si, au lieu de dépenser les recettes pétrolières, l’État les transfère directement à tous les citoyens (sous la forme de sommes égales), puis les taxe afin de financer les biens publics deux changements se produisent. Premièrement, les citoyens connaîtront le volume des recettes pétrolières. Deuxièmement, ils seront plus encouragés à passer les dépenses de l’État au crible, étant donné qu’elles sont financées sur la base de leurs paiements d’impôts. Devarajan et autres (2010) montrent qu’un tel programme pourrait donner de meilleurs résultats en termes de dépenses publiques.

En outre, grâce à des cartes d’identité biométriques capables de transférer de l’argent, il est désormais possible de mettre en œuvre cette taxe et ce transfert moyennant de faibles coûts (l’Inde a distribué ces cartes à plus d’un milliard de personnes). Le RMU est actuellement mis en œuvre en tant que programme pilote dans un certain nombre e pays, dont la Finlande, le Canada et le Kenya. Étant donné les antécédents médiocres en matière de dépenses publiques, le moment est venu d’introduire le RMU dans les pays africains riches en pétrole.

RÉFÉRENCES

Devarajan, S., M.M. Giugale, H. Ehrhart, T. Minh Le, and H. Mai Nguyen. 2013. “The Case for Direct Transfers of Resource Revenues in Africa.” Center for Global Development Working Paper No. 333. Washington, D.C.: Center for Global Development. https://www.cgdev.org/publication/case-direct-transfers-resource-revenues-africa-working-paper-333.

Devarajan, S., T. Minh Le, and G. Raballand. 2010. “Increasing Public Expenditure Efficiency in Oil-rich Economies.” World Bank Policy Research Working Paper No. 5287. Washington, D.C.: World Bank Group. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/3774.

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