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De l’infériorité des régimes démocratiques dans la conduite des affaires extérieures : une relecture contemporaine de Tocqueville

In the Tocqueville Review/La revue Tocqueville, Volume 30, Justin Vaïsse challenges Tocqueville’s judgment that “Foreign policy demands scarcely any of those qualities which are peculiar to a democracy; they require, on the contrary, the use of almost all those in which it is deficient.” But Tocqueville himself, Vaisse points out, had identified some of the strengths that explained the success of democracies in the past century. And contrary to Tocqueville, who feared the tyranny of the majority and the feckless character of the people being imposed to a weak president, Vaïsse points out that the major dangers for democracies reside in the tyranny of minorities and the excessive reach of the Executive branch.

« Quant à moi, je ne ferai pas difficulté de le dire : C’est dans la
direction des intérêts extérieurs de la société que les gouvernements
démocratiques me paraissent décidément inférieurs aux autres1. »
Lorsqu’il aborde la question de la conduite des affaires étrangères par
la jeune République américaine, et qu’il la compare avec d’autres
puissances monarchiques ou aristocratiques, Alexis de Tocqueville
n’est pas tendre pour la démocratie. « La politique extérieure n’exige
l’usage de presque aucune des qualités qui sont propres à la
démocratie, estime-t-il, et commande au contraire le développement
de presque toutes celles qui lui manquent. » Ce jugement sévère,
même si Tocqueville lui-même en pointe aussitôt les limites –
l’Amérique de 1835 n’a pas de voisins menaçants, et n’a pas vraiment
subi le test de l’histoire, contrairement aux vieux Etats européens –
peut servir de point de départ à l’exploration de cette importante
question posée aux sociétés contemporaines : jusqu’où une politique
étrangère peut-elle être démocratique, et jusqu’où peut-elle l’être tout
en restant efficace ?

Nous ne prétendons pas, dans la réflexion qui suit, offrir une
interprétation érudite de la position de Tocqueville sur cette question,
mais plutôt mettre en lumière les intuitions du penseur pour éclairer
quelques-uns des dilemmes démocratiques qui se posent à la
« fabrique » de la politique étrangère dans un monde globalisé, en partant du cas qui était au coeur de la réflexion de Tocqueville, celui
des Etats-Unis. Ce que révèle une plongée dans le Washington des
années 2000, à la Maison blanche et au Capitole, au Département
d’Etat et au Pentagone, mais aussi au coeur des groupes d’intérêt qui
cherchent à les influencer, c’est moins l’infériorité structurelle des
régimes démocratiques ou la tyrannie de la majorité que le risque de
tyrannie des minorités, particulièrement aux Etats-Unis, et celui d’un
exercice trop exclusif du pouvoir par l’exécutif.

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