Op-Ed

Obama un an après: le difficile accouchement de la nouvelle Amérique

Justin Vaïsse

Il y a deux réalités de la vie politique américaine que la victoire de Barack Obama n’a pas abolies : la profonde fracture partisane et le système des checks and balances, ces freins et contrepoids qui font qu’à Washington, il est toujours plus facile de bloquer que de construire. S’il existe un fossé entre les discours d’Obama et la modestie, ou simplement la lenteur, de ses accomplissements, c’est là qu’il faut en chercher l’explication.

Ni l’immense vague d’enthousiasme soulevée par sa candidature ni la crise économique – qui pourtant, dans les années 1930, avait conduit l’opinion à embrasser l’interventionnisme fédéral – n’ont, cette fois, modifié le paysage politique.

L’Amérique rouge, celle des conservateurs, n’a pas disparu. Au contraire, la première année d’Obama l’a remobilisée. Certes, les républicains sont divisés, après leurs défaites électorales. Mais la redéfinition du parti tourne à l’avantage de l’aile dure (Sarah Palin, Dick Cheney, Rush Limbaugh, Glenn Beck), de sorte qu’Obama a peu d’espoir de compromis bipartisan sur ses réformes.

Du coup, les débats sur la santé ou le réchauffement climatique se font à l’intérieur du parti démocrate, majoritaire dans les deux chambres, entre une aile progressiste et une aile centriste réticente, mais indispensable au passage des réformes. Or c’est là qu’interviennent les checks and balances.

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Si Barack Obama était Nicolas Sarkozy, les réformes seraient déjà votées : en France, seule la rue peut s’opposer à une majorité décidée à réformer. Il en va autrement aux Etats-Unis, où le législatif est puissant. Les sénateurs, en particulier, ne sont pas aux ordres de la Maison Blanche. Leur avenir politique dépend de leurs électeurs et de leurs intérêts locaux, pas de leur parti. Il dépend aussi de leurs sources de financement, d’où l’influence de certains lobbies, comme celui des médecins (l’American Medical Association), ou celui du patronat (la Chamber of Commerce), qui s’opposent à des points cruciaux de la réforme de la santé. Il en va de même, on s’en doute, des projets de régulation de Wall Street comme de la limitation des émissions de carbone.

Pour aller au-delà de ses seuls pouvoirs exécutifs – qui lui ont déjà permis de faire des progrès concrets, mais limités, sur l’environnement ou les droits civiques -, Barack Obama doit donc négocier avec ces forces de blocage. Son meilleur espoir d’y parvenir réside dans sa popularité, qui résiste à l’effritement, et dans la nécessité pour les élus démocrates de présenter un bilan tangible à leurs électeurs dans un an. C’est là qu’on saura si l’ère Obama n’était faite que de belles paroles.