On the Record

Les Néoconservateurs américains face aux révolutions arabes

Justin Vaïsse

Editor’s Note: Justin Vaïsse discusses the reaction of American neoconservatives to the Arab Awakening and democratization in the Middle East and North Africa in an interview with Le Jeu de l’Oie.

Jeu De l’Oie: Quelle a été la réaction des néoconservateurs américains face aux révoltes survenues dans les pays arabes ?

Justin Vaïsse: Les néoconservateurs américains ont été à la pointe du soutien aux manifestations qui se sont développées au Moyen-Orient à partir de janvier 2011. Cette position a fait quasiment l’unanimité du mouvement. Seules quelques voix discordantes se sont fait entendre comme celles de Charles Krauthammer ou Frank Gaffney qui ont exprimé leurs craintes face à l’issue incertaine de ces soulèvements. Mais les personnalités les plus influentes, comme Robert Kagan, Elliott Abrams, Max Boot, Gary Schmitt, Paul Wolfowitz ou encore William Kristol, ont dès le début soutenu avec ardeur ces révoltes en faveur de la démocratie. Dès la fin du mois de janvier 2011, Paul Wolfowitz a en quelque sorte rendu publique la position des néoconservateurs en appelant à la fin du régime de Hosni Moubarak.

Mais bien avant le début des manifestations, en 2010, Robert Kagan et Michele Dunne avaient mis en place un working group bipartisan sur l’Egypte dont les conclusions soulignaient que le status quo politique ne garantissait plus la sécurité des Etats-Unis et qu’il était nécessaire que l’administration américaine s’engage le plus tôt possible dans une défense active des droits de l’homme et de la démocratie dans ce pays. Sans aller jusqu’à prédire les événements en Egypte, les néoconservateurs ont attiré l’attention sur l’inévitabilité du changement, et ont été parmi les premiers à Washington à soutenir les manifestants et à demander la tenue d’élections libres dans le pays.

JDO: Se sont-ils, de ce fait, opposés à l’administration Obama ? 

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Vaïsse: Ils ont certainement été en avant de la vague. La rapidité de leur réaction a contrasté avec l’attitude de l’administration Obama qui a longtemps campé sur une position plutôt réaliste. Les révoltes ont également révélé l’existence d’une division générationnelle au sein de l’administration. Si les personnalités les plus jeunes comme Ben Rhodes, Michael McFaul ou Samantha Power ont rapidement soutenu les mouvements de démocratisation et incité le Président à se placer « du bon côté de l’histoire », les tenants du réalisme, plus âgés, se sont montrés plus méfiants. Robert Gates avait notamment déclaré que quiconque défendrait l’idée d’une nouvelle intervention des forces américaines dans le monde arabe « ought to have his head examined3». Ce n’est que le 14 mars 2011, au moment du G-8 à Paris, qu’Hillary Clinton s’est ralliée à l’idée d’une intervention militaire, isolant du même coup Robert Gates ou encore Tom Donilon, le conseiller de sécurité.

En fin de compte, les manifestations en Tunisie et en Egypte ont désavoué la stratégie d’ouverture menée par Obama, à l’instar de ce qui s’était passé lors du « printemps de Téhéran » en juin 2009. À cette époque, la nouvelle administration souhaitait se démarquer de la politique de promotion de la démocratie menée sous George W. Bush et ses conséquences désastreuses en Irak, en « tendant la main » à des régimes autoritaires comme ceux de l’Iran et de la Chine, ou encore de la Russie avec la politique de « reset ». Cette nouvelle approche, plus réaliste, devait notamment permettre la relance des négociations avec l’Iran sur la question du nucléaire. Or, les manifestations qui ont éclaté dans ce pays lors des élections présidentielles ont littéralement pris de court l’administration. De manière similaire, ce qu’on a appelé le « printemps arabe » a été le contre-pied magistral d’une politique orientée vers la stabilité, s’appuyant sur les alliés traditionnels de l’Amérique comme l’ancien président égyptien, Hosni Moubarak.

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