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Vers une reprise inclusive à Madagascar

Madagascar's new president Hery Rajaonarimampianina attends his inauguration ceremony at the Mahamasina Stadium in the capital Antananarivo

Le mardi 18 mars, le président Hery Rajaonarimampianina, dirigeant de Madagascar nouvellement élu, se rendra à Washington, D.C. pour y rencontrer de hauts responsables de l’administration Obama, ainsi que les présidences du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Cette visite devrait marquer la fin de quatre années de sanctions économiques, durant lesquelles la communauté des donateurs aura gelé l’ensemble de son aide – à l’exception de l’assistance d’urgence -  à une économie malgache fortement dépendante des aides extérieures. D’un point de vue diplomatique, le simple fait que ces rencontres aient lieu représente une avancée majeure pour les nouvelles autorités. Il est néanmoins permis de supposer que le projet présidentiel de remettre l’économie malgache sur la trajectoire d’une croissance durable et que le rôle de la communauté internationale au regard de cet objectif feront partie des principaux sujets à l’ordre du jour.

Le président Rajaonarimampianina doit faire face dans ses nouvelles fonctions à d’importants défis, le premier d’entre eux étant un environnement politique hautement toxique. Les crises politiques successives ont laissé de profonds ressentiments, et les progrès vers la réconciliation nationale sont mitigés. Le système politique malgache a été décrit comme dysfonctionnel, et le statut quo actuel repose sur un équilibre très instable, qui pourrait à tout moment s’effondrer. Tout en cherchant à assurer cet équilibre nécessaire, le président devra faire face et résister à la tentation de l’attitude politique de type “le gagnant rafle et garde la mise” qui prévaut à Madagascar. Dans ce type d’environnement, le soutien de la communauté internationale sera crucial pour donner au président les moyens de gouverner et de présenter un plan de reprise économique.

Si le président parvient à assurer un ordre politique minimal (ce que nous espérons), Madagascar apparaît comme étant à l’orée d’une forte reprise. Le pays a déjà, à de nombreuses reprises par le passé, fait la preuve de son potentiel à mettre en œuvre une croissance solide (au moins dans une perspective à court terme). Le principal défi qui attend les décideurs politiques malgaches et leurs partenaires en développement  consiste à s’assurer que l’économie, sans se contenter d’atteindre sa vitesse de croisière, se maintiendra sur ce chemin de croissance soutenue sur la durée. Plusieurs recettes existent probablement pour atteindre ce but, mais l’ingrédient le plus important est toujours le même : l’emploi. Une reprise sans emplois ne mènera pas à une prospérité partagée par la vaste majorité des citoyens malgaches. Les gens ont besoin d’emplois (bien payés et non précaires) pour les tirer hors de la pauvreté.  Tant que la croissance ne sera pas inclusive, les risques d’un nouveau “cycle malgache” d’expansions et de ralentissements économiques restent élevés.

La  levée des sanctions économiques représenterait un pas important vers un rythme de croissance élevé. Mais le plus important est peut-être le retour des investissements étrangers, en particulier les investissements directs à l’étranger (IDE). Les investisseurs souhaitent revenir dans ce pays où de nombreux profits peuvent être espérés mais ont besoin de signaux forts de la part des dirigeants malgaches : ils attendent stabilité politique, état de droit, transparence et meilleure gouvernance. Le président Rajaonarimampianina doit faire preuve de résolution et de leadership dans l’ensemble de ces domaines.

Si les IDE peuvent permettre d’atteindre un niveau de croissance plus élevé, il n’est pas acquis qu’ils permettent de créer des emplois à un niveau correspondant à celui des besoins du pays – un niveau qui rendrait la croissance plus inclusive et durable. La majeure partie de ces investissements a concerné dans le passé récent l’industrie de l’extraction (en particulier minière) qui est en général intense en capital mais dont le potentiel en créations d’emplois est malheureusement limité. Les emplois créés sont souvent hautement spécialisés et peu de Malgaches disposent des qualifications requises pour ces postes. Cette « fracture des compétences » suggère une nécessité de former plus de techniciens malgaches afin de tirer le meilleur parti de ces opportunités. Intégrer un plus grand nombre de petites et moyennes entreprises locales dans la chaîne de valeur des firmes étrangères investissant à Madagascar aiderait également à créer des emplois.

Avant la crise, une grande partie des IDE étaient focalisés sur les zones de traitement des exportations malgaches, dans le but de tirer avantage de l’accès préférentiel au marché américain permis par la loi AGOA (African Growth and Opportunity Act). Ces investissements se sont concentrés sur les secteurs manufacturiers à fort coefficient de travail (en particulier ceux du textile et du prêt-à-porter), et ont généré un grand nombre d’emplois de qualité, dont 200 000 furent malheureusement détruits suite à la suspension de l’AGOA de Madagascar. La fin de cette suspension sera sans aucun doute évoquée durant les rencontres entre le président Rajaonarimampianina et les décideurs américains. L’heure est venue d’accueillir le retour de Madagascar au sein de l’AGOA. D’un simple trait de plume, les décideurs américains ont le pouvoir d’aider de manière significative à améliorer les perspectives d’une reprise durable et inclusive à Madagascar.

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