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Le point de bascule : l’explosion démographique des jeunes et le marché du travail en Afrique sub-Saharienne

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Editor's Note:

Vous trouverez ci-dessous le chapitre 2 du rapport Foresight Africa 2017. Ce rapport explore six thèmes généraux qui offrent à l’Afrique des outils pour surmonter ses obstacles et stimuler une croissance inclusive. Vous pouvez également vous joindre à la conversation en utilisant #ForesightAfrica.

K

Karmen Naidoo

PhD Candidate - University of Massachusetts, Amherst

A

Arabo Ewinyu

Senior Researcher - Development Policy Research Unit

Le dividende démographique a été présenté comme étant une source potentielle de croissance pour le continent africain et sa population relativement jeune. [1] Dans le même ordre d’idées, ce dividende va de pair avec la difficulté consistant à créer des emplois capables d’absorber la vaste cohorte de jeunes qui arrivera sur le marché du travail en Afrique subsaharienne au cours des décennies à venir. Sur une note moins positive, cependant, les pays qui ne planifient pas en conséquence risquent de rater ces opportunités potentielles ou l’explosion démographique des jeunes pourrait bien augmenter les risques de tensions sociales et autres risques liés aux taux de chômage élevés chez les jeunes. 2017 offre l’opportunité d’identifier et de mettre en œuvre des politiques visant à tirer parti de ce segment de population en rapide expansion.

Jeunes ont moins de chances de trouver du travail que les cohortes plus âgées et lorsqu’ils y parviennent, ils sont de manière disproportionnée plus susceptibles d’être des travailleurs autonomes ou de travailler dans le secteur informel.

Par rapport à d’autres régions, la transition démographique de l’Afrique subsaharienne trouve ses origines dans une base nettement inférieure et a souffert des conflits et des décès dus au VIH/sida et autres maladies, raison pour laquelle le sommet de la transition démographique est prévu être nettement inférieur à celui d’autres régions (Bloom, Canning et Sevilla, 2003). Entre 1950 et 2010, le taux de fertilité mondiale a presque été réduit de moitié et il est aujourd’hui estimé à 2,5 naissances par femme (Lam et Leibbrandt, 2013). Cependant, le taux de fertilité de l’Afrique subsaharienne a nettement moins reculé et demeure relativement élevé, avec 5 naissances par femme (Banque mondiale, 2014). Les taux de l’Éthiopie et du Nigeria, les pays les plus peuplés du continent, montrent que les taux de fertilité moyens ont baissé au fil du temps pour atteindre leurs actuels taux de 4,6 et 5,7 respectivement (Bhorat et Tarp, 2016). Bien que ces taux restent relativement élevés, cette tendance à la baisse indiquent que ces deux pays se trouvent toujours dans une phase de transition démographique. Cependant, tous les pays africains n’en sont pas au même stade de transition démographique. Ainsi, le taux de fertilité de l’Afrique du sud, par exemple, a déjà reculé à 2,4 et le pays en est à un stade de transition bien plus avancé que le Mozambique dont le taux est de 5,9 naissances par femme, un taux qui augmente au fil du temps (Bhorat and Tarp, 2016).

Par conséquent, et à la différence d’autres régions aux populations vieillissantes, l’Afrique subsaharienne est confrontée à une augmentation de sa population en âge de travailler (PAT). Les chiffres de population montrent que la PAT de l’Afrique subsaharienne augmentera de 70 pourcent, en passant de 466 millions en 2013 à 793 millions en 2030 (Lam et Leibbrandt, 2013). Cependant, les taux de chômage et/ou de sous-emploi élevés des jeunes, associés aux faibles revenus salariaux entraveront grandement la capacité du continent à récolter les bénéfices du dividende démographique. En Afrique subsaharienne, le taux de chômage des jeunes est quatre fois plus élevé que le taux de chômage cumulé de la région. Au Nigeria, 45 pourcent des jeunes sont au chômage et au Ghana, ce taux est deux fois plus élevé que le taux national. Les salaires des jeunes en Afrique du sud sont de 40 pourcent inférieurs aux revenus du travail les plus élevés ayant été calculés (Bhorat et Tarp, 2016). La recherche montre que les jeunes ont moins de chances de trouver du travail que les cohortes plus âgées et lorsqu’ils y parviennent, ils sont de manière disproportionnée plus susceptibles d’être des travailleurs autonomes ou de travailler dans le secteur informel (Goldin, Hobson et al., 2015).

Les employeurs et les demandeurs d’emploi attirent également l’attention sur le fait que les coûts élevés liés à la recherche d’emploi et la formation limitent les opportunités d’emploi pour les jeunes.

En Afrique sub-saharienne, les difficultés de création d’opportunités de travail pour les jeunes sont dues à une combinaison de facteurs liés à l’offre et à la demande. Pour ce qui est de la première, il existe un net décalage entre les compétences recherchées et celles acquises par les demandeurs d’emploi. Le manque d’accès au financement des jeunes, et en particulier des femmes entrepreneures, limitent encore davantage les opportunités de croissance et d’expansion. La demande de main-d’œuvre est limitée par la croissance insuffisante du secteur privé, ce qui affaiblit la croissance de l’emploi. Par conséquent, la croissance du taux de création d’emplois accuse un très grand retard par rapport à la croissance démographique, ce qui explique les taux de chômage historiquement très élevés chez les jeunes. Un meilleur accès à l’éducation tertiaire en Éthiopie, par exemple, a permis d’augmenter l’offre de travailleurs diplômés qualifiés relativement aux postes disponibles pour les travailleurs qualifiés (Bhorat et Tarp, 2016). Les employeurs et les demandeurs d’emploi attirent également l’attention sur le fait que les coûts élevés liés à la recherche d’emploi et la formation limitent les opportunités d’emploi pour les jeunes. Par conséquent, il a été observé que la durée du chômage moyenne chez les travailleurs potentiels est en augmentation.

Le fait de constater une transition démographique ne garantit pas que le continent tirera des bénéfices du dividende démographique, à moins que cette évolution soit accompagnée par des changements politiques nuancés capables d’améliorer la productivité de la population en âge de travailler et de soutenir l’expansion diversifiée de l’économie et les opportunités d’emploi. C’est la raison pour laquelle nous proposons, pour 2017 et au-delà, trois principaux domaines de prédilection aux décideurs politiques.

Un investissement accru dans le capital humain

Un plus grand accès à l’éduction garantira une offre soutenue de travailleurs qualifiés sur le marché du travail afin de soutenir la transition vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée. La baisse des taux de fertilité motivera les parents à encourager l’accumulation de capital humain de leurs enfants.

Ainsi, de plus forts taux de réussite scolaire au niveau du secondaire et un plus fort taux de transition du lycée à l’université, tant pour les filles que pour les garçons, pourraient avoir un impact positif sur l’emploi et le potentiel de rémunération. D’autres recommandations concernent le rétablissement des universités techniques afin de diversifier les compétences des travailleurs potentiels, la réduction des coûts et des obstacles de l’éducation tertiaire, ainsi que la transformation des cursus académiques fin de transmettre des compétences mieux adaptées à la demande du marché du travail et aux objectifs de transformation structurelle. Il convient de déployer des efforts au niveau de la création de systèmes d’information sur le marché du travail capables d’apprécier les actuelles lacunes en matière de compétences et de permettre une meilleure planification des compétences.

Une création d’emplois ciblée et productive capable de progressivement absorber les jeunes travailleurs

Tout objectif d’emploi pour les jeunes doit nécessairement s’inscrire dans le cadre plus général de la transformation structurelle et de la croissance économique. Il est d’autant plus important donc de diversifier l’activité économique de manière à l’écarter de son actuelle concentration élevée dans le secteur de l’agriculture traditionnelle à faible valeur ajoutée pour la rapprocher des services à forte valeur ajoutée. À titre d’exemple, le Kenya possède une vaste population de jeunes éduqués travaillant dans le secteur des innovations de services financiers par téléphonie mobile, un secteur qui possède un fort potentiel de création d’emplois (Bhorat and Tarp, 2016).

Renforcement des institutions

Pour ce qui est des jeunes travailleurs du secteur informel, il devrait y avoir des mécanismes institutionnels assurant un accès au crédit adéquat, étant donné que ces personnes risquent de se retrouver limitées en termes de ressources financières. Ces mécanismes devraient être combinés à des stratégies visant à améliorer la performance des entreprises informelles et à créer des liens plus solides avec le secteur formel. Ceci n’est pas incompatible avec des objectifs plus généraux visant à garantir une propriété de biens mobiliers et immobiliers plus équitable dans de nombreux pays d’Afrique. L’amélioration de l’accès aux services financiers formels peut faciliter la transformation de l’épargne en investissement et fournir davantage d’opportunités d’accès au crédit aux fins de production.

En outre, il est important de mettre en place une politique fiscale et budgétaire adéquate en vue de fournir des biens publics, comme la scolarisation, l’infrastructure et le transport, car ils sont indispensables non seulement pour toute trajectoire de croissance à long terme, mais aussi pour améliorer les perspectives des groupes à plus faibles revenus et des jeunes au niveau du marché du travail. Enfin, pour les pays qui sont plus avancés au niveau de leur transition démographique, il convient de mettre l’accent sur la prestation de régimes de retraite et de soins de santé pour la population vieillissante.

Additional Graphics

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Références

Ajakaiye, O., Jerome, A., Nabena, D., & Alaba, O. (2016). The relationship between growth and employment. Haroon Bhorat and Finn Tarp Eds., Africa’s lions: growth traps and opportunities for six leading economies in African economies (pp. 181-228). Washington, D.C.: Brookings Institution Press.

Bhorat, H., & Tarp, F. E. (2016). Africa’s lions: growth traps and opportunities for six leading African Economies. Brookings Institution Press: Washington, D.C.

Bloom, D. E., Canning, D., & Sevilla, J. (2003). The demographic dividend: a new perspective on the economic consequences of population change. Santa Monica, California: RAND.

Goldin, N., Hobson, M., Glick, P., Lundberg, M., & Puerto, S. (2015). “Toward Solutions for Youth Employment: A Baseline for 2015.” Solutions for Youth Employment, Washington D.C. Washington, D.C.: S4YE.

Lam, D., & Leibbrandt, M. (2013). Global Demographic Trends and their Implications for Employment. Paper prepared as background research for the Post-2015 UN MDG Development Agenda on Employment and Employment Growth. New York: UN.

Oosthuizen, M. (2014). Bonus or Mirage? South Africa’s Demographic Dividend. Journal of the Economics of Ageing 5, pp. 14–22.

World Bank. (2014). World Development Indicators Fertility rate, total (births per woman) [Data file]. Retrieved from http://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.TFRT.IN. Washington, D.C.: World Bank.

Footnotes

  1. La transition d’un régime de forte mortalité et de fertilité élevée à un régime de faible mortalité et de faible fertilité est un phénomène connu sous le nom de transition démographique (Oosthuizen, 2014). Le dividende démographique est associé aux perspectives de croissance économiques potentielles allant de pair avec une transition démographique, à savoir des ratios de dépendance réduits et des niveaux de vie plus élevés, car des ressources peuvent ainsi être libérées en vue d’être économisées ou investies.
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