Skip to main content
AGI_Foresight_Chapter4_header
Report

Comment repenser la transformation structurelle de l’Afrique

La montée en puissance des nouvelles industries

Editor's Note:

Note de l’éditeur: vous trouverez ci-dessous le chapitre 4 du Rapport Foresight Africa 2018. Il développe six thèmes fondamentaux offrant à l’Afrique des opportunités de surmonter ses obstacles et de favoriser une croissance inclusive. Rejoignez la conversation en utilisant #ForesightAfrica. To read this chapter in English, click here. 

Une voie négligée: le réexamen des changements structurels en Afrique

Les économistes considèrent depuis longtemps que les changements structurels, à savoir le passage des travailleurs d’un emploi à faible productivité à un emploi à haute productivité, comme étant indispensable à la croissance dans les pays à faibles revenus. Néanmoins, la structure économique de l’Afrique avait jusqu’à récemment très peu changé, et ce phénomène inquiétait tant les décideurs politiques que les analystes. L’Union africaine, la Banque africaine de développement et la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies ont toutes exprimé leur inquiétude quant à la lenteur des changements structurels en Afrique. Au début de cette année, le magazine The Economist remarquait que : « le modèle de développement de l’Afrique laisse les économistes perplexes. » 

Author

Auparavant, le secteur manufacturier était le moteur de la transformation économique. Aujourd’hui, les nouvelles technologies ont fait naître un nombre croissant de services et de secteurs agro-alimentaires, dont l’horticulture, possédant de nombreuses caractéristiques en commun avec le secteur manufacturier. Ils sont échangeables, offrent une forte valeur ajoutée par travailleur et peuvent absorber un grand nombre de travailleurs modérément qualifiés. À l’instar du secteur manufacturier, ils bénéficient des changements technologiques, de l’augmentation de la productivité, et des économies d’échelle et d’agglomération. Ils sont des « industries sans cheminées » et en 2015, l’Initiative pour la croissance en Afrique et UNU-WIDER ont entrepris d’étudier leur rôle en Afrique. Les résultats de cette étude sont à paraître dans Industries Without Smokestacks: Industrialization in Africa Reconsidered (Oxford University Press, 2018).

Nous avons découvert l’émergence d’un nouveau schéma de changements structurels en Afrique, un schéma différent de celui de la transformation impulsée par le secteur manufacturier rencontré en Asie du Sud-Est. Les services TIC, le tourisme et le transport connaissent une croissance supérieure à celle de l’industrie manufacturière dans bon nombre de pays d’Afrique. Entre 1998 et 2015, les exportations de services ont affiché une croissance de six fois supérieure à celle des exportations de marchandises. Le Kenya, le Rwanda, le Sénégal et l’Afrique du sud possèdent des secteurs de services TIC florissants. Le tourisme constitue la plus importante activité d’exportation du Rwanda, en représentant environ 30 pourcent du total des exportations. En 2014, 9,5 millions de touristes ont visité l’Afrique du Sud, soit une contribution de 3 pourcent au PIB du pays. L’Éthiopie, le Ghana, le Kenya et le Sénégal participent tous activement aux chaînes de valeur mondiales dans le secteur de l’horticulture. L’Éthiopie a remporté de grands succès au niveau de ses exportations de fleurs, à tel point qu’elle s’est aujourd’hui transformée en un acteur d’envergure mondiale dans ce secteur.

Nous avons également constaté que comme les secteurs de l’agro-alimentaire et de l’horticulture, des services échangeables, possèdent de nombreuses caractéristiques d’entreprise en commun avec le secteur manufacturier, il est possible de développer une stratégie de transformation structurelle sur la base des trois facteurs autour desquels la distribution mondiale du secteur manufacturier a été articulée. Le premier de ces facteurs est le « climat d’investissement » (l’environnement au sein duquel l’entreprise opère). Le deuxième est la capacité d’exportation et le troisième l’agglomération. Ces trois facteurs sont interdépendants et s’ils veulent accélérer le rythme des changements structurels, les États africains doivent les traiter simultanément.

L’infrastructure, les compétences et la concurrence sont des éléments fondamentaux du climat d’investissement. Les mauvaises infrastructures pénalisent fortement les entreprises africaines en termes de productivité. L’exportation d’une vaste gamme de services, en particulier les services intensifs en technologies de l’information nécessite de disposer de capacités de transmission de données à haut débit. Pour développer le tourisme, il est nécessaire de disposer d’infrastructures touristiques adéquates. Les exportations agro-alimentaires et horticoles sont tributaires des investissements en logistique commerciale. Les compétences ont également leur importance. Les tentatives visant à développer le secteur des services informatiques ont été entravées par l’insuffisance de la main-d’œuvre. Les compétences nécessaires pour interagir avec les touristes et les services de back office sont indispensables à la création d’un tourisme de haute qualité. Le manque de concurrence sur les marchés du transport entrave lourdement la compétitivité.

L’infrastructure, les compétences et la concurrence sont des éléments fondamentaux du climat d’investissement. Les mauvaises infrastructures pénalisent fortement les entreprises africaines en termes de productivité.

L’exportation offre des opportunités d’acquérir des moyens et de renforcer la productivité, mais les entreprises sont confrontées à d’importants obstacles à ce niveau. Pour résoudre ce problème, les gouvernements doivent développer une panoplie complète composée de politiques commerciales et de taux de change, d’investissements publics, de réformes réglementaires et de changements institutionnels en vue d’accroître la part du PIB représentée par les exportations non traditionnelles. À ce jour, peu de pays ont réussi à mettre en œuvre une telle stratégie d’impulsion des exportations.

Les économies d’agglomération sont bénéfiques aux secteurs agro-alimentaire, horticole et de services TIC, sans oublier le secteur manufacturier. La géographie joue également un rôle bien évidemment important au niveau du tourisme. Les installations touristiques ont tendance à s’agglutiner à proximité des ressources touristiques. Les gouvernements peuvent soutenir les agglomérations en concentrant leurs investissements sur des institutions et des infrastructures de haute qualité situées dans une zone économique spéciale (ZES). L’Éthiopie a réussi à mettre en œuvre une telle approche pour ses secteurs manufacturier et de services, mais la majorité des ZES d’Afrique ne sont pas parvenues à attirer une masse critique d’entreprises.

À l’échelle mondiale, la politique commerciale a un grand rôle à jouer. L’imposition en Asie de droits de douane plus élevés pour les matières premières dont le niveau de transformation est plus élevé a pour effet de décourager le développement des chaînes de valeur agro-alimentaires de l’Afrique. C’est à ce niveau que la Chine pourrait jouer un rôle de leader en transformant ses accords commerciaux préférentiels en une initiative unique et très publicisée pour l’Afrique toute entière. L’autre priorité consiste à pleinement mettre en œuvre l’Accord sur la facilitation des échanges (AFE) de l’Organisation mondiale du commerce. Les prêts concessionnels s’étant faits rares au cours de ces dernières années, les gouvernements se sont tournés vers les emprunts privés. Étant donné que les emprunts souverains sont souvent couteux et assortis d’échéances courtes, il serait préférable d’autoriser les pays solvables à souscrire des emprunts auprès des guichets non-concessionnels de la Banque mondiale et autres banques de développement multilatérales.

Les changements structurels en Afrique sont une « voie moins empruntée ». Bien que certains pays, peut-être les pays côtiers, parviendront à transformer leurs économies grâce au secteur manufacturier, d’autres réussiront à se tourner vers des secteurs à haute valeur ajoutée comme l’agro-alimentaire, l’horticulture et les services échangeables. En termes de politique publique, ce choix n’est heureusement pas la seule alternative. De meilleures politiques nationales et internationales peuvent soutenir les changements structurels, avec ou sans cheminées.

RÉFÉRENCES

Escribano, A., J. L. Guasch, and J. Pena. 2010. “Assessing the Impact of Infrastructure Quality on Firm Productivity in Africa: Cross-country Comparisons Based on Investment Climate Surveys from 1999-2005.” World Bank Policy Research Working Paper 5191. Washington, D.C.: World Bank Group. http://documents.worldbank.org/curated/en/792371467990385370/Assessing-the-impact-of-infrastructure-quality-on-firm-productivity-in-Africa-cross-country-comparisons-based-on-investment-climate-surveys-from-1999-to-2005.

Ghani, E., and H. Kharas. 2010. “The Service Revolution in South Asia: An Overview” in E. Ghani (ed.), The Service Revolution in South Asia. Oxford, U.K.: Oxford University Press.

McMillan, M., D. Rodrik, and I. Verduzco-Gallo. 2014. “Globalization, Structural Change, and Productivity Growth, with an Update on Africa.” World Development 63(1): 11-32.

Newman, C., J. Page, J. Rand, A. Shimeles, M. Soderbom, and F. Tarp. 2016. Made in Africa: Learning to Compete in Industry. Washington, D.C.: Brookings Institution Press.

Stern, N. 2001. A Strategy for Development. Beijing, China: China People’s University

UNIDO. 2009. Industrial Development Report, 2009. Vienna, Austria: United Nations Industrial Development Organization. https://www.unido.org/sites/default/files/2009-02/IDR_2009_print_0.PDF.

More

Get daily updates from Brookings