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Op-Ed

‘The Letter Came at the Right Time for Bush’

PASCALE RICHE: What do you think of this letter? A sly stroke of American diplomacy?

PHILIP GORDON: This letter came at exactly the right time for the Bush administration, which keeps repeating, contrary to current thinking, that Europe on the whole is not hostile to a war with Iraq. Defense Secretary Donald Rumsfeld has clearly explained the American position: France and Germany have the right to disagree, but that does not concern the Administration too much, because there are other European governments supporting Washington.

PASCALE RICHE: Do the Americans really think they can change the minds of the Germans and the French?

PHILIP GORDON: If the Administration succeeds in demonstrating that there is not a European consensus to oppose them, then there will be a lot of pressure on Germany and France, particularly on France. A veto would have three extremely damaging consequences for them: marginalization of the UN Security Council (to which the United States would no longer come); a weakening of the European Union (who will have demonstrated that it is far from having a common foreign policy); and a degradation of transatlantic relations (Americans have a long memory).

PASCALE RICHE: Do you think the French will jump on board at the last minute?

PHILIP GORDON: If France thinks that by hardening its opposition it can dissuade the United States from going to war, then they are probably miscalculating. Dominique de Villepin jumped the gun in his speech after Hans Blix?s report at the Security Council. Now that we have heard the Blix report—which was very critical of Iraq—France risks having to backtrack in order to preserve European unity and the role of the Security Council.

PASCALE RICHE: Isn’t Washington doing all it can to divide the Europeans?

PHILIP GORDON: No, I do not think that a goal for the Americans is to divide the Europeans. What concerns the Americans is whether European foreign policy coincides with their own. The United States often pursues two contradictory policies: we want a more effective and therefore more united Europe, but we do not want Europe to be so strong that it can oppose the United States…

PASCALE RICHE: Does the United States push for European and NATO expansion in order to dilute Europe?

PHILIP GORDON: There are two reasons to explain the administration’s enthusiasm for enlargement. The first is that the eastern European countries are clearly more pro-American: they are grateful of the role the United States played during the Cold War, they are more appreciative of the American rule of law, they believe that at the end of the day, their security rests more with the American superpower than with the medium-powered Europeans. The second reason is that the Bush teams believes that NATO is no longer relevant. They do not care if they dilute it, because they no longer have the intention to use it for military operations.

PASCALE RICHE: Do you see continuity between Bush and Clinton in their approach to Europe?

PHILIP GORDON: There is a large difference. For the Bush administration, the Europeans do not really count: in their eyes, they see the world differently, and that is not worth compromising with them; the United States is so powerful that it can act alone: if others do not want to follow, that is their problem. To the contrary, the Clinton administration believed more in multilateralism, diplomacy, and considered the Europeans to be valuable partners.


Evénement
L’Américain Philip Gordon juge les rapports entre l’UE et les Etats-Unis : «La lettre tombe à pic pour Bush»

vendredi 31 janvier 2003
Washington de notre correspondant

Philip Gordon, spécialiste des relations transatlantiques à la Brookings Institution à Washington, un organisme de recherches dont il dirige le Centre d’études franco-américaines, a été conseiller du président Clinton sur les questions européennes.

Author

Philip H. Gordon

Former Brookings Expert

Mary and David Boies Senior Fellow in U.S. Foreign Policy - Council on Foreign Relations

Que penser de cette lettre ? Un joli coup de la diplomatie américaine ?

Cette lettre tombe en tout cas à pic pour l’administration Bush, elle qui répète que, contrairement à l’idée courante, l’Europe ne lui est pas hostile en bloc. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a clairement expliqué la position américaine actuelle : si la France et l’Allemagne sont en désaccord, c’est leur droit, mais ce n’est pas grave, car bien d’autres gouvernements européens sont derrière Washington (1). Les Américains pensent-ils vraiment pouvoir faire basculer dans leur logique Paris et Berlin ?

S’ils parviennent à démontrer qu’il n’y aura pas de consensus européen pour s’opposer à eux, alors la pression sur ces deux pays sera très forte, particulièrement sur la France. Car un blocage aurait pour elle trois conséquences terriblement dommageables : une marginalisation du rôle du Conseil de sécurité de l’ONU, devant lequel les Etats-Unis ne reviendront plus à l’avenir ; un affaiblissement de l’Union européenne, qui aura démontré qu’elle est loin d’avoir une politique étrangère commune ; et une dégradation des relations transatlantiques, les Américains ayant la mémoire longue.

Pensez-vous que les Français sauteront à bord du train à la dernière minute ?

Si la France pensait qu’en durcissant son opposition elle pourrait dissuader les Etats-Unis d’aller à la guerre, c’était un mauvais calcul. En s’exprimant avant le rapport présenté par Hans Blix, Dominique de Villepin a brûlé une étape. Maintenant que nous avons entendu le rapport Blix sévère pour l’Irak , la France risque d’être obligée de faire machine arrière pour préserver l’unité européenne et le rôle du Conseil de sécurité.

Washington, en général, ne fait-il pas tout pour diviser les Européens ?

Non, je ne pense pas que diviser les Européens soit pour les Américains une fin en soi. Ce qui intéresse les Etats-Unis, c’est seulement que la politique étrangère des Européens coïncide avec la leur. Les Etats-Unis cherchent souvent deux choses contradictoires : nous voulons une Europe plus efficace et donc plus unie, mais nous ne voulons pas une Europe suffisamment forte pour s’opposer à nous…

Washington ne pousse-t-il pas à l’expansion de l’UE et de l’Otan pour pouvoir diluer l’Europe ?

Il y a deux raisons expliquant l’enthousiasme de cette administration pour l’élargissement. La première, c’est que les pays d’Europe centrale sont clairement plus proaméricains : ils sont reconnaissants du rôle joué par les Etats-Unis pendant la guerre froide. Ils croient que, au bout du compte, leur sécurité repose davantage sur la superpuissance américaine que sur les puissances moyennes européennes. La seconde raison, c’est que pour les membres de l’équipe Bush l’Otan ne sert plus à rien. La diluer ne leur cause aucun souci, puisqu’ils n’ont plus l’intention de s’en servir pour des opérations militaires.

Voyez-vous une rupture entre Bush et Clinton dans l’approche des questions européennes ?

Pour Bush, les Européens ne comptent pas : à ses yeux, ils voient le monde différemment, et cela ne vaut pas le coup de chercher des compromis avec eux. Les Etats-Unis sont si puissants qu’ils peuvent agir seuls. Si les autres ne veulent pas les suivre, c’est leur problème. Clinton croyait au contraire au multilatéralisme, à la diplomatie, et considérait les Européens comme des partenaires de valeur.

(1) Donald Rumsfeld a qualifié la France et l’Allemagne de «vieille Europe».

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