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Le leadership africain à une époque à haut risque climatique

Editor's Note:

Vous trouverez ci-dessous le chapitre 5 du rapport Foresight Africa 2017. Ce rapport explore six thèmes généraux qui offrent à l’Afrique des outils pour surmonter ses obstacles et stimuler une croissance inclusive. Vous pouvez également vous joindre à la conversation en utilisant #ForesightAfrica.

Author

R

Russell Bishop

Senior Research Fellow, Overseas Development Institute Senior Economist - New Climate Economy

Le miracle de la croissance économique en Afrique et la reprise qui lui est associée ont été remis en question. L’effondrement des cours des matières premières dû au ralentissement de l’économie mondiale a assombri les perspectives économiques. Les indicateurs de développement humain demeurent nettement inférieurs aux moyennes des pays en voie de développement. Par ailleurs, les changements climatiques et autres stress environnementaux ont des conséquences de plus en plus lourdes pour de nombreux pays.  Ainsi, la récente sécheresse en Afrique australe a requis une aide d’urgence pour plus de 20 millions de personnes au Malawi, au Zimbabwe, au Mozambique, au Madagascar, au Lesotho et au Swaziland.

Sur un échantillon de 30 pays africains, deux-tiers se réchauffent plus rapidement que de la planète toute entière.

Le risque climatique est un obstacle à la progression actuelle et future du développement. Sur un échantillon de 30 pays africains, deux-tiers se réchauffent plus rapidement que de la planète toute entière, une tendance prévue se maintenir au cours des prochaines décennies. Les prévisions concernant les futurs changements climatiques sont fondamentalement incertaines et leurs futurs impacts sont difficiles à prévoir. Cette situation exige la mise en œuvre de mesures précoces et l’assurance que des systèmes ont été mis en place pour affronter les évènements climatiques nocifs.

Il y aura également d’importantes implications économiques, en particulier dans le secteur agricole, où les pauvres ressentiront les impacts de ces changements de façon disproportionnée. Les estimations suggèrent que les pertes de rendement et de production liées aux cultures principales pourraient être de l’ordre de 20-30 pourcent, voire plus, d’ici 2050. Si la transformation du secteur agricole est une condition nécessaire pour parvenir à atténuer la pauvreté et réaliser des changements structurels au sens large, il n’en reste pas moins crucial d’intervenir face aux changements climatiques. L’énorme variation des différentes conditions climatiques sur l’ensemble du continent, avec des climats arides, tropicaux et tempérés, exige des interventions adaptées aux besoins locaux.

Interventions nationales et internationales face aux changements climatiques à ce jour

Tous les pays africains, à l’exception de la Lybie, ont pris des engagements au niveau international.

En ce début 2017, il existe une coopération mondiale dont l’objectif est de gérer les changements climatiques. Ceci vient compléter le programme global des Objectifs de développement durable. L’intervention internationale face aux changements climatiques négociée en 2015, l’Accord de Paris, est entrée en vigueur en novembre 2016. L’Accord de Paris sur le climat vise à contenir la hausse de la température mondiale en-dessous de deux degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. Il est de plus en plus improbable que cet objectif soit atteint vu les gaz à effet de serre se trouvant déjà dans l’atmosphère. Plus de 100 pays responsables de 80 pourcent des émissions mondiales de gaz à effet de serre ont ratifié l’accord. Chaque pays a développé un engagement national unilatéral décrivant ce que chacun est disposé à faire et cet engagement, s’il est ratifié, est nommé Contribution déterminée au niveau national (CDN).

L’Afrique, en tant que continent, assume un rôle de chef de file sur le plan international. En assurant la coordination de mesures progressistes, l’Union africaine a soutenu des positions de négociation coordonnées, par l’intermédiaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement sur les changements climatiques (CAHOSCC). En outre, les pays africains ont été les principaux porte-parole du Groupe de 77, dont font partie plus de 130 pays en voie de développement, à l’occasion des conférences des Nations Unies sur les changements climatiques. Toutefois, certaines préoccupations perdurent, notamment en ce qui concerne les financements, les transferts de technologies et les mécanismes de contribution équitable en matière de gestion des risques climatiques.

L’action climatique peut aller de pair avec des approches plus globales en termes de développement et aller outre une simple adaptation aux changements climatiques pour également promouvoir une croissance à faible émission de carbone.

Les pays d’Afrique ont également fait preuve de leadership au niveau national. Tous les pays africains, à l’exception de la Lybie, ont pris des engagements au niveau international. Certains pays, comme le Ghana, l’Éthiopie, le Maroc et l’Afrique du sud se sont distingués en tenant sérieusement compte des problématiques liées aux changements climatiques au niveau de la planification et de la mise en œuvre de leurs programmes de développement nationaux et d’autres pays devrait suivre leur exemple. L’Éthiopie, à titre d’exemple, a développé une stratégie pour une économie verte résistante aux changements climatiques et a depuis créé un fond de financement climatique au sein de son ministère des finances réservé aux investissements respectueux du climat. Ce leadership est en partie motivé par une reconnaissance du fait que l’action climatique peut aller de pair avec des approches plus globales en termes de développement et aller outre une simple adaptation aux changements climatiques pour également promouvoir une croissance à faible émission de carbone. La mise en place de bonnes politiques reconnaissant l’existence de liens étroits entre les priorités économiques, sociales et environnementales peut être très fructueuses sur le long terme.

Stratégies pour les décideurs politiques en 2017

Tandis que les économies africaines s’efforcent de mettre en œuvre une stratégie de développement durable en 2017, sur quelles priorités doivent-ils se concentrer ? Voici cinq domaines d’intervention :

  • Transformer l’agriculture et l’utilisation des terres. Environ 60 pourcent des emplois proviennent de l’agriculture, un secteur dont la productivité est faible par rapport aux critères internationaux. La faiblesse des rendements agricoles et la rapidité de la croissance démographique ont accéléré l’expansion des terres agricoles afin de faire face aux défis de l’insécurité alimentaire, mais cette situation a contribué à la déforestation et a accru la vulnérabilité aux changements climatiques. Les décideurs politiques doivent chercher à intensifier l’agriculture pour stimuler les rendements et envisager des techniques agricoles climato-intelligentes
  • Diversification vers le secteur manufacturier et autres secteurs hautement productifs. Alors que les pays se tournent vers des secteurs plus productifs comme l’industrie et les services à valeur élevée pour stimuler la croissance, ils devraient chercher à exploiter des opportunités « vertes » applicables aux actuels processus de production lorsqu’elles s’avèrent économiquement rentables. De nouveaux marchés nationaux, régionaux et internationaux pourraient également être créés et faire naître des opportunités de substitution aux importations. Le renforcement des infrastructures, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des transports, sera fondamental.
  • Gestion de l’urbanisation. D’ici 2050, la population des villes d’Afrique subsaharienne aura augmenté de 800 millions d’habitants, soit près de la moitié de l’augmentation de la population urbaine mondiale anticipée. De nombreuses villes subissent les conséquences de l’expansion et du mauvais développement urbain. Les faibles administrations municipales manquent de ressources pour financer l’infrastructure et les services publics urbains nécessaires. Ainsi, Nairobi et Dakar ne disposent qu’un budget de 10 à 15 dollar par an et par habitant pour les dépenses en capital, et la plupart des villes ont bien moins que cela, ce qui veut dire que certaines zones reçoivent des services inadéquats. L’adoption d’un programme de développement urbain plus compact, plus connecté et mieux coordonné facilitera la création d’un meilleur modèle de croissance urbaine.
  • Encourager une transition énergétique moderne. La consommation énergétique par habitant en Afrique subsaharienne représente 15 pourcent de celle des pays de l’OCDE et la demande croissante en énergie au cours des décennies à venir sera énorme. Pour y faire face, il faudra trouver des solutions sur et hors réseau. En dépit du fait que les combustibles fossiles seront de la partie, le continent possède un portefeuille d’actifs d’énergie propre extrêmement riche, de plus en plus rentables, sans oublier leurs bénéfices sociaux et environnementaux. À titre d’exemple, l’Afrique subsaharienne possède une capacité d’environ 1 100 gigawatts (GW) en énergie solaire, 350 GW en énergie hydraulique et 109 GW en énergie éolienne. Il existe aussi la possibilité d’exploiter les technologies actuelles pour encourager les économies d’énergie afin de réduire les besoins en matière d’expansion de l’offre.
  • Continuer à travailler sur les « questions élémentaires ». Un certain nombre de domaines sont fondamentaux, quelle que soit la future trajectoire suivie en matière de développement. Ainsi, même si les inégalités de genre ont reculé en Afrique, elles n’en restent pas moins plus élevées que partout ailleurs dans le monde. Une telle situation soulève directement la question de l’inclusion et du bien-être des femmes, ce qui sera bénéfique pour la production économique, notamment en éliminant les obstacles à l’éducation la productivité économique.

Le financement : un autre défi menaçant

Comment ce développement sera-t-il financé ? Jusqu’à présent, une somme de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 a été promise aux pays en voie de développement pour soutenir leur action. Une grande partie de cette somme sera canalisée par le biais de véhicules comme le Fonds vert pour le climat et la Banque africaine de développement. Pour garantir la crédibilité du processus de négociation sur le changement climatique, il sera nécessaire de faire en sorte que les pays en voie de développement, y compris les pays africains, reçoivent ces financements. Ceci devra compléter les plus grandes sources de financement privées en vue de transformer les sociétés africaines qui devront quant à elles être nettement plus conséquentes.

En résumé, les changements climatiques présentent un risque pour la transformation économique à long terme de l’Afrique, laquelle demeure une priorité. Cependant, la transformation elle-même apporterait une plus grande résistance face aux impacts climatiques et les faibles émissions de carbone pourraient être le moyen d’y parvenir.

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