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Op-Ed

Politique étrangère d’Obama: les nuages noirs de l’automne

Justin Vaïsse

Justin Vaïsse lays out the delicate international issues that await President Obama in the fall. He concludes none of them holds any promise of easy resolution, and the principles on which Obama founded his foreign policy will be severly tested.

En politique étrangère, l’administration Obama a marqué bien des points au cours des sept premiers mois de son mandat.

La crise économique semble jugulée, au prix d’un interventionnisme sans précédent. La relation avec la Chine, essentielle pour résorber en douceur les déséquilibres financiers globaux, apparaît bien gérée. Par l’amorce du retrait d’Irak et la fin des pratiques associés à la “guerre contre la terreur”, comme Guantanamo et la torture, Obama a rétabli l’image des Etats-Unis. A la tête d’une administration qui réussit à intégrer de fortes personnalités (Hillary Clinton, Richard Holbrooke, Larry Summers, etc.) sans cacophonie, il a remis la diplomatie au cœur de l’action extérieure américaine.

Mais cet automne, des défis bien plus sérieux se présentent.

Tout commence par l’Iran, avec deux paradoxes. D’abord, l’administration a été surprise par la “révolution verte”, alors même que l’élection d’Obama, sa politique de la main tendue envers le monde musulman et de détente avec l’Iran y a contribué. Ensuite, les manifestations n’ont pas permis de changer l’équipe au pouvoir ni même le régime, qu’elles ont au contraire abouti à durcir. Ce faisant, elles ont pris à contrepied la politique “réaliste” d’Obama et anéanti l’espoir d’un compromis négocié sur le dossier nucléaire, tandis qu’un durcissement des sanctions a peu de chances d’être efficace.

Une détente avec l’Iran devait avoir des effets bénéfiques sur plusieurs autres problèmes: Israël-Palestine (baisse de la tension et du soutien au Hamas et au Hezbollah), Russie (le bouclier anti-missiles devenait inutile), et dans une moindre mesure Irak et Afghanistan (coopération de Téhéran). A l’inverse, la recrudescence des tensions, quand viendront à terme les échéances d’automne fixées par Washington pour entamer le dialogue (fin septembre) et obtenir les premiers résultats concrets (fin décembre), va forcer l’administration Obama à avancer sur les autres dossiers avec ce caillou dans la chaussure.

Or, aucun de ces autres dossiers ne se présente très favorablement. Avec le gouvernement Netanyahou, Obama a engagé un bras de fer. Son véritable enjeu n’est pas l’extension des colonies mais l’établissement de conditions plus propices à un règlement ultérieur du conflit, en forçant l’opinion publique israélienne à choisir entre Netanyahou (avec qui aucune avancée n’est envisageable) et la dégradation des relations israélo-américaines, et en montrant sa bonne foi aux alliés arabes. Mais jusque là, Netanyahou a défié Obama sans en payer le prix intérieur, bien au contraire, tandis que les alliés arabes traînent les pieds et que la question iranienne risque d’occuper le devant de la scène.

Avec la Russie, l’échéance d’automne est celle des négociations stratégiques: Washington et Moscou doivent remplacer le traité START qui expire à la fin de l’année. Mais même la conclusion heureuse de cette négociation ne suffirait pas à “remettre à zéro” (reset) la relation. Moscou veut notamment voir sa sphère d’influence sur son “étranger proche” reconnue, et ses intérêts de puissance pris en compte. L’équipe Obama est prête à des concessions, mais elle ne peut changer le fond du problème – le fait que les pays occidentaux restent les principaux obstacles aux ambitions de la Russie (Géorgie, Ukraine, domination des réseaux d’énergie, etc.). Du coup Moscou ne coopérera jamais pleinement sur les dossiers qui importent le plus à l’Amérique, comme l’Iran ou l’Afghanistan.

Sur l’Afghanistan justement, la question de l’automne sera celle de l’augmentation des troupes. L’administration Obama a eu beau redéfinir a minima ses objectifs autour de l’anti-terrorisme, elle ne peut écarter la menace talibane et se désengager sans faire de “nation building” soutenu et durable. Or, les démocrates au Congrès sont de plus en plus réticents à soutenir ces opérations, et les Européens ne sont pas prêts à aider davantage. Obama se retrouve dans la position de Bush fin 2006 pour l’Irak: il lui faut choisir entre un début de retrait et une augmentation impopulaire de l’effort (“surge”), dont rien ne garantit qu’elle portera les mêmes fruits, d’ailleurs fragiles, qu’en Irak.

Bref, les principes mêmes sur lesquels Barack Obama et Hillary Clinton ont fondé leur diplomatie “pragmatique” se trouvent mis à l’épreuve. La politique de main tendue envers les régimes hostiles montre ses limites, la revitalisation des alliances fournit peu de résultats concrets, et le système multilatéral n’apporte pas de réponses immédiates, surtout quand le leadership américain n’arrive pas à être à la hauteur de ses ambitions (réchauffement climatique).

Aucun échec jusqu’à présent, et Obama est connu pour sa bonne étoile. Mais l’automne sera difficile.

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