Le Figaro

Romney: les mérites de l'inconstance

Editor’s Note:  With the Republican convention taking place this week, Justin Vaïsse—director of research at the Center on United States and Europe at Brookings and author of the forthcoming La Politique étrangère de Barack Obama (Odile Jacob, 2012)—writes that Romney’s pragmatism could help soften an ideological hard line in foreign policy.

Il existe bien sûr, au sein du parti républicain, des courants divers de politique étrangère. Certains supporters du mouvement tea party sont isolationnistes: l’Etat fédéral doit subir une cure drastique d’amaigrissement, et tant la défense que la diplomatie doivent y contribuer – que le monde se débrouille sans l’Amérique. Quant à la vieille tradition réaliste d’équilibre des puissances et de parcimonie dans l’usage de la force, incarnée par Nixon et Kissinger dans les années 1970, puis par George Bush père et son Secrétaire d'Etat James Baker à la fin de la guerre froide, elle n'a pas entièrement disparu au sein du parti.

Pourtant, la Convention républicaine qui s’ouvre lundi 27 août à Tampa, en Floride, devrait confirmer la suprématie d’un troisième courant que certains ont cru décrédibilisé par la guerre d’Irak. Ni le candidat républicain Mitt Romney, ni son colistier Paul Ryan n’ont d’expérience de politique étrangère, mais tous deux ont embrassé le néoconservatisme comme ligne directrice implicite. L’Amérique doit guider le monde libre, ne pas se compromettre moralement en négociant avec les régimes autoritaires, conserver sa suprématie militaire et ne pas hésiter à s’en servir, de façon unilatérale s’il le faut. Le risque n’est pas d’en faire trop, c’est d’en faire trop peu.

Il entre une bonne dose d’opportunisme dans ce choix. C’est le positionnement qui, traditionnellement, permet d’attaquer les démocrates comme mous, naïfs, et insuffisamment patriotes. Le livre de campagne de Romney, Pas de repentance : les raisons de la grandeur de l’Amérique, s’en prend aux excuses que Barack Obama aurait prétendument présentées au monde, notamment au Moyen-Orient, au nom de l’Amérique. Même si cette ligne d’attaque n’est pas très efficace, parce que « Obama a tué Oussama » (ben Laden), comme le clament certains tee-shirts de la campagne démocrate, c’est celle qui continue à assurer l’identité du parti républicain en politique étrangère.

Il s’agit presque d’un retour à la guerre froide. Romney a déclaré que la Russie était le principal « ennemi géopolitique » de l’Amérique, et combattu en vain la ratification du traité New Start signé par Obama et Medvedev en 2010 – pourtant très timide dans sa réduction des deux arsenaux nucléaires. Il a promis de classifier la Chine comme un pays « manipulateur de son taux de change » dès son premier jour à la Maison blanche. Pour contrer la montée en puissance militaire de Pékin, il a promis d’augmenter le budget de la défense, notamment en faveur de la Marine, pour qui le lancement de nouveaux navires de guerre passerait de 9 à 15 par an. Sur presque tous les dossiers, sa ligne est simple : afficher une plus grande fermeté.

Barack Obama a certes connu bien des échecs, du dossier israélo-palestinien à sa politique de « main tendue » vers l’Iran, la Corée du Nord ou la Syrie, et il n’a pas réussi à rompre nettement avec l’héritage ambigu de George Bush dans la guerre contre le terrorisme. Mais son succès est d’avoir reformulé le leadership américain, de l’avoir adapté à un environnement nouveau où Washington n’a plus les mêmes marges de manœuvres qu’avant, et d’avoir « pivoté » des guerres du Moyen-Orient vers le monde émergent et les questions économiques, notamment en Asie.

Romney, lui, propose d’en revenir à une vision en noir et blanc des relations internationales, illustrée par sa tournée internationale limitée aux alliés les plus valorisants – Grande-Bretagne, Israël, Pologne – comme si le reste du monde n’existait pas. Le problème, c’est que les moyens de la puissance américaine ne sont plus les mêmes : la multipolarité économique s’est imposée, la crise budgétaire est sévère, et l’opinion publique n’est pas encline à de nouvelles aventures militaires.

Si les Européens n'ont pas trouvé en Obama le multilatéraliste de leurs rêves, on peut toutefois douter qu'ils souhaitent découvrir un clone de George W. Bush à la Maison blanche – et avec lui le regain de tensions internationales que ses politiques pourraient engendrer. Mais ce n'est pas forcément ce qui se passerait. Romney est souvent critiqué pour être une girouette, prêt à adapter ses principes à la situation du moment. En politique étrangère, beaucoup s'attendent à ce que son pragmatisme d'homme d'affaires le conduise à tempérer une ligne trop dure et trop idéologique.

La récente sélection par Mitt Romney de Robert Zoellick, ancien directeur de la Banque mondiale, pour préparer le processus de transition présidentielle, offre une indication intéressante en ce sens. Ce choix a fait vivement réagir ses conseillers néoconservateurs, car Zoellick appartient à l'aile réaliste du parti républicain. Protégé de James Baker, c'est lui qui avait par exemple proposé le concept d'une Chine "actionnaire responsable" du système international en 2005, lorsqu'il était numéro deux du Département d'Etat. Mais pour les Européens, c'est plutôt un signe rassurant. L'idéal pour eux, ce serait que le candidat républicain, s'il est élu, se révèle bien être la girouette que ses adversaires le soupçonnent d'être.

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