Libération

Obama a freiné le déclin américain

Editor's note: In an interview with Libération before the third and final U.S. presidential debate, Justin Vaïsse examines the differences and similarities between the two candidates' foreign policy platforms.

Libération: Le point de départ de votre livre, c'est bien le déclin américain?

Justin Vaïsse: A son arrivée début 2009, c'est le constat qu'Obama est bien forcé de faire. Il y a eu un déclin relatif, du fait de la simple élévation des autres puissances. Avec une croissance économique de plus de 10% (ou même de 7,5% cette année) en Chine et de 1 à 3% aux Etats-Unis, il est mathématique que l’Amérique décline, en termes relatifs encore une fois. Toute la question est de savoir si le déclin sur le plan de la puissance internationale a été accéléré ou ralenti par les politiques suivies. Sous Bush, le phénomène a été précipité par de mauvais choix de politique étrangère. Sous Obama, le phénomène s’est plutôt ralenti : tout en dépensant moins, il a réussi à repositionner l'Amérique et à freiner cette érosion de la puissance.

Libération: Que ce soit face à l’Iran, à Israël ou surtout en Syrie, l’impression dominante que donne aujourd’hui la diplomatie américaine n’est-elle pas l’impuissance ?

Vaïsse: Oui et non. Si nous étions dans les années 1990, au pic de leur puissance, nous pourrions aussi parler de l'impuissance des Etats-Unis à régler les problèmes des Balkans ou le processus de paix au Moyen-Orient. Il y a un an, à l’issue de l’opération en Libye, on aurait pu souligner que les Etats-Unis avaient encore de beaux restes. Pour ce qui est de la Syrie, il faut plutôt comprendre pourquoi Obama n’a pas voulu intervenir. Plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte, y compris des calculs électoraux et la volonté de ne pas se laisser à nouveau happer par une guerre au Moyen Orient pour se consacrer à d'autres régions (c'est le fameux "pivot" vers l'Asie"). L'idée à l'époque était que les forces anti-Assad allaient de toutes façons l’emporter. Le constat a été fait que l'intervention serait dangereuse et coûteuse politiquement, pour un résultat qui serait plus ou moins le même. Il y a donc eu une décision pensée de ne pas intervenir, dont on vit aujourd’hui les conséquences désastreuses... sans qu'on puisse dire qu'une intervention aurait forcément conduit à des conséquences heureuses.